1. Compte-vomi (#6)

    CGT / Dave / Court-métrage / Rabla / gastrique / les chaussures les plus pourries de la soirée / PPDA / Salaaaaaauuuudddd / Cougar / Je vais repeindre les murs de l’EDJ avec ton sang / Freakonomics / Standing-ovation / Agadir / hôtel / 20 ans / Saaaaaallllooooooppppe / homme facile / c’est ta soeur la vinasse / stopmotion / anticernes.

  2. Si seulement j’avais eu les yeux vairons.

  3. Car, pour le coup, je veux ici imiter les rhéteurs de nos jours, qui se croient autant de petits dieux lorsque, comme la sangsue, ils paraissent se servir de leur langue, et qui regardent comme quelque chose de bien merveilleux d’entrelacer, à tort et à travers, dans un discours latin, quelques mots grecs qui le rendent énigmatique.
    S’ils ne savent aucune langue étrangère, ils tirent de quelque bouquin moisi quatre ou cinq vieux mois avec lequel ils éblouissent le lecteur. Ceux qui les comprennent sont flattés de trouver une occasion de se complaire dans leur propre érudition ; et plus ils paraissent inintelligibles à ceux qui ne les comprennent pas, plus ils en sont admirés.

    — Erasme, Eloge de la folie, 1509

  4. [Flash 9 is required to listen to audio.]

    Ben Vautier (le gars qui écrit en blanc sur du noir) versus Ben Carle (le gars qui écrit en noir sur du blanc, sur tumblr)

  5. Compte-rendu (#5)

    podcasque / “tu fais super bien le pingouin” / ineptie / rasséréné (verbe du premier groupe, rendre de nouveau serein, chanson d’un trio espagnol féminin) / réponse / neige / “il disait déjà ça à l’époque de Platini / Ben / Sergio Ratmort / capture d’écran / fin de vie / 96 ans / grosses cuisses / “Je l’ai trouvé il était gris comme ça ! - Mais c’est jaune ça, mémé…” / teryaki / “T’es un putain d’alcoolo” / explosifs / 13e étage / “je me suis pas mis complètement à poil, sinon tout le monde aurait vu que j’ai une p’tite bite” / Demain

  6. The Second Coming

    “Turning and turning in the wydening gyre

    The falcon cannot hear the falconer.

    Things fall apart; the centre cannot hold;

    Mere anarchy is loosed upon the world,

    The blood-dimmed tide is loosed, and everywhere

    The ceremony of innocence is drowned;

    The best lack all conviction, while the worst

    Are full of passionate intensity.

    Surely some revelation is at hand;

    Surely the Second Coming is at hand.

    The Second Coming! Hardly are thos words out

    When a vast image out of Spiritus Mundi

    Troubles my sight; somewhere in sands of the desert

    A shape with lion body and the head of a man

    A gaze blank and pitiless as the sun,

    Is moving its slow thighs, while all about it

    Real shadows of the indignant desert birds.

    The darkness drops again; but now I know

    That twenty centuries of stony sleep

    Were vexed to nightmare by a rocking cradle,

    And what rough beast, its hour come round at last,

    Slouches towards Betlehem to be born.”

    William B. Yeats (1919)

    Et en Français :

    “Tournant, tournant dans la gyre toujours plus large,
    Le faucon ne peut plus entendre le fauconnier.
    Tout se disloque. Le centre ne peut tenir.
    L’anarchie se déchaîne sur le monde
    Comme une mer noircie de sang : partout
    On noie les saints élans de l’innocence.
    Les meilleurs ne croient plus à rien, les pires
    Se gonflent de l’ardeur des passions mauvaises.

    Sûrement que quelque révélation, c’est pour bientôt.
    Sûrement que la Seconde Venue, c’est pour bientôt.
    La Seconde Venue ! A peine dits ces mots,
    Une image, immense, du Spiritus Mundi
    Trouble ma vue : quelque part dans les sables du désert,
    Une forme avec corps de lion et tête d’homme
    Et l’oeil nul et impitoyable comme un soleil
    Se meut, à cuisses lentes, tandis qu’autour
    Tournoient les ombres d’une colère d’oiseaux…
    La ténèbre, à nouveau ; mais je sais, maintenant,
    Que vingt siècles d’un sommeil de pierre, exaspérés
    Par un bruit de berceau, tournent au cauchemar,
    - Et quelle bête brute, revenue l’heure,
    Trâine la patte vers Bethléem, pour naître enfin ?”

  7. Compte-vomi (#4)

    RevPar / pleutres / Malte / “Je suis un homme” / serveur / “Bon les gars” / Alain Madelin / Aspivenin / “Disons que si la rédaction était en parquet, ce serait déjà tout rayé” / “On peut faire l’interview maintenant… - Oui, mais monsieur c’est 21 heures, je ne suis plus à la rédaction” / “Je peux aller au vernissage de l’expo de Ben lui dire que c’est un escroc ?” / Kosovar / Shangri las / Tremplin / “le rock cave, c’est du rock garage, en plus fort parce que on t’entend moins” / “Jt’ai lancé comme une merde” / intermittent du spectacle

  8. 22 heures 22, et après

    Cette histoire s’est finie rapidement. Pourtant elle avait commencé avec une fontaine, et comme l’eau qui en sort, à un débit plus ou moins élevé, elle aurait dû ne jamais s’arrêter.

    Mardi soir. C’est toujours un mardi. J’ai avalé quelques amuses-gueules sans conviction, en écoutant un album de Belle & Sebastian accompagné de grands verres de vin blanc. Je ne finirai pas le dernier, je dois aller à la fontaine. Le parfait point de rendez-vous pour amants en manque d’originalité. Il semblerait que personne n’ait ressenti le besoin d’innover, surtout ce soir. Les rebords en pierre de la fontaine sont bondés. Et pourtant s’il n’y avait pas d’eau personne ne se rejoindrait ici. La fontaine deviendrait une statue, une sculpture sans aucun sens. On aime les fontaines à cause de l’eau, mais paradoxalement personne ne la touche. Seules quelques bouteilles de bière et d’inutiles pièces orange en jonchent le fond.

    L’heure du rendez-vous est tacite. C’est toujours 22h22 : l’heure esthétiquement parfaite. 11h11 ne peut même pas rivaliser. Souvent je bloque, dans une pièce sombre, sur l’horloge numérique du four ou du magnétoscope, oui du magnétoscope, qui indique cette heure. 22H22 est l’exemple type de la coïncidence : on ne remarque son existence que lorsqu’on y est confronté. Le reste du temps on n’y pense pas. D’ailleurs c’est une heure toute aussi relative que les autres, selon Einstein. Cependant, j’ai peine à penser que les anglosaxons ne peuvent pas l’expérimenter au quotidien.

    J’arrive une minute en avance, difficile de ralentir le pas. Elle est déjà là. Elle, Zoé. Comme la première lettre de son prénom, je vais commencer par la fin. Les débuts sont anecdotiques.

    «  Espèce d’égoïste borné ! ». C’est ce qu’elle a lancé, telle un caillou plat dans la fontaine pour faire des ricochets. Nous devions certainement discuter depuis quelques minutes. Mais avec tout le mépris qui me caractérise, je n’écoutait déjà plus. Pendant un moment j’ai même cru comprendre : « Espèce d’hédoniste burné ! ». L’idée m’a fait sourire. En la regardant dans les yeux, j’ai compris que sa rage lui aurait permis de casser la pointe d’un ciseau contre ma colonne vertébrale, en passant par la cage thoracique.

    J’ai donc préféré partir, en plus il y avait un ciseau dans son sac. Je le savais. Je marche très mal avec cette chaussure droite qui viole mon pied à chaque appui. Fichus pieds. Je ne les ai jamais supportés. Ils sont « trop » : trop grands, trop moches, trop larges. Ils sont de trop, même pas bons à taper correctement dans un ballon. J’écrase ma cigarette avec le gauche, qui demeure néanmoins mon préféré. Zoé a changé de route pour rentrer. Elle marche, dans la même direction que moi, mais dans une rue parallèle.

    L’énervement doit la faire marcher rapidement, du coup j’accélère. J’observe les fenêtres éclairées par des halogènes suédois et les reflets bleutés de la télévision. Au deuxième étage d’un immeuble, une jeune femme blonde entre seins nus dans son salon. La surprise de cette vision, plus que la vision elle-même, m’excite. Tout ça gratuitement.

    « Elle arrivera donc avant moi sous le pont de la voie ferrée qui marque la fin du boulevard. »

    J’entre dans un bar pour ne plus marcher. Je le regrette déjà. J’aurai dû regarder le nom de ce lieu absurde tout en éclairages violets et en sofas designs. Assis au comptoir, j’arrive à entendre, malgré la musique, que dans mon dos quatre personnes se foutent de ma gueule avec une discrétion des plus relatives. Trois filles et deux garçons. Ca fait cinq. Je me demande si, à une certaine époque on entrait seul, le soir, dans les bars. Je cherche et me souviens que dans Jules et Jim, Jim se rend dans un café pour attendre Catherine et à ses côtés un homme éméché lit, ou écrit, en collectionnant les verres de vin et les additions, dans un comique de répétition réussi. Je demande seulement à être cet homme là. J’entends un des types, certainement le leader charismatique, marmonner quelque chose puis ces camarades exploser de rire. Je tire alors sur ma chemise pour qu’elle couvre le haut de mon pantalon. Je crois bien que je les hais. Je suis l’attraction de leur minable soirée.

    « Je crois avoir entendu Zoé claquer la porte de l’appartement »

    Le serveur, lui, rince des verres dans l’évier. En me demandant ce que je prends, il regarde machinalement la salle. Il ne croisera jamais mes yeux alors que je lui demande, gentiment, une bière. En ouvrant la vanne, la bière gicle brusquement et mouille sa chemise de marque. Je tiens une revanche qui me fait sourire un instant. Les cinq rigolos de derrière continuent de regarder la télé, autrement dit moi, en commentant mes moindres gestes. C’est sûr, je suis paranoïaque. Dans un autre jour, je serai parti, interloqué par tant de médiocrité et de méchanceté gratuite. Je sais que je tire souvent mais jamais sur l’ambulance, et encore moins sur quelqu’un qui a mal aux pieds. Question de principe. Mais ce soir, je reste assis sur ce siège inconfortable, bloqué dans ma tête. Je pense que je ne finirai jamais rien, terminer autre chose que mon verre m’effraye.

    La télé diffuse des clips de chansons sans âme, mais majestueusement produites. Au fond, un groupe d’amis rigole en mangeant. Ils se moquent d’une de leurs amis, si je comprends bien. Sur le comptoir deux filles parlent d’une soirée chez un Vincent, un mec cool apparemment. Elles boivent des cocktails hyper-sucrés et hors de prix. Je joue avec le dessous de verre de ma bière jusqu’à le faire tomber, mais je ne le ramasse pas et en prends un autre pour recommencer.

    Le clan des cinq s’en va. L’occasion pour le leader de me mettre un coup d’épaule mesquin en allant régler sa note. Je ne relève pas. Si je peux lui permettre d’engranger la confiance nécessaire pour finir la nuit avec l’une des petites princesse, pleine d’argent et de vice, qu’il traine, j’aurai presque la sensation du devoir accompli. Comme souvent, je fantasme sur ce que je pourrai faire si je m’énervais, si je savais me battre. Je pense à des rixes de cinéma : Rusty James, Fight Club… J’ai fait tombé le tabouret en emportant ma veste. Je pousse la porte et cours. Je n’ai pas encore remarqué que j’étais parti sans payer et que le barman séchait sa chemise en essayant de me rattraper. Je n’ai pas remarqué que j’étais pieds nus. J’ai oublié d’être moi.

    « Zoé doit écouter de la musique en culotte, triste à l’idée de réaliser qu’elle aime un abruti. Sous sa couette rembourrée il doit faire bon ».

    Je saute dans le tas. Pendant le quart de seconde nécessaire à faire passer l’horloge de 23h05 à 23h06 le silence se fait. Tout ce qui peut servir est utile. Les pieds, nus, les poings, les coudes. La surprise a été grande. Maintenant ils m’ont peut-être reconnu. Un des deux mecs du club des cinq essaye de se relever, le leader me fait face. La surprise l’empêche de réaliser. Je le pousse violemment contre le mur. Les filles sont à quelques mètres. L’une d’elle crie : il y a quelques minutes son coup de la soirée semblait être le meilleur, maintenant il ne peut que sauver les apparences. Je pensais avoir le dessus jusqu’à ce qu’en me retournant je ramasse une droite.

    « On avait dit pas par derrière les mecs » : je tente un trait d’humour après avoir perdu ma joue. Je suis à terre, ils ont tourné en courant. Les valeurs se perdent, ils ne m’ont même pas laissé avec un coup de pied dans les côtes.

    Je reste assis un moment contre le panneau qui interdit l’usage du skateboard. Au troisième étage deux filles ont regardé toute la scène. Elles auront quelque chose a raconté demain, ou plus tard. Les cinq personnes avec qui j’ai passé la soirée aussi auront une histoire a raconté, elle commencera par « un soir». J’allume une cigarette, me lève et reprend ma route. Ma joue me fait mal, alors intrigué par la douleur et la tête que je peux avoir après ce coup, j’essaye d’apercevoir mon reflet dans une vitrine. Je ne vois que la lueur de ma cigarette.

    Je passe sous ce pont orné de néons bleus reposant, je baisse les yeux pour voir mes pieds salis par le goudron et la poussière. En me penchant je ramasse une photo déchirée : « Elle doit vraiment être en colère ».

    Encore une cigarette, je sens que je me calme. Contrairement aux nuits précédentes, je me souviendrai de celle là demain matin. J’écrase le mégot contre le mur de l’immeuble. La lumière est encore allumée. Elle écoute Belle & Sebastian. Putains de coïncidences. Je passe devant le magnétoscope, oui, le magnétoscope, il est 23h23 mais je ne le remarque pas. Je rentre dans la chambre les pieds propres et ferme la porte.

  9. Compte-vomi (#3)

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